Au cœur du massif du Queyras, un massif sauvage que je parcours de plus en plus ces dernières années, se cachent de magnifiques paysages de montagne. L’une des caractéristiques de ce massif, c’est son éloignement des principaux axes touristiques, ce qui le rend moins fréquenté. Il en résulte des panoramas sauvages où l’on se retrouve facilement seul. Une autre particularité est la possibilité de commencer des randonnées à partir d’altitudes élevées, grâce à des cols mythiques comme le col de la Bonnette et le col Agnel. C’est au niveau de ce dernier que j’ai effectué de nombreux repérages, à la recherche des plus beaux spots pour photographier cette nature grandiose.
L'Ascension des Crêtes de l'Eychassier
C’est la mission du jour : atteindre l’un des points de vue sauvages que j’ai repérés depuis un certain temps, les Crêtes de l’Eychassier. Facilement accessibles bien qu’hors sentier, ces crêtes offrent un panorama tout simplement incroyable sur les sommets majeurs du massif. Toutefois, pour réussir une belle photo, il est primordial que les conditions météorologiques soient favorables !
Les premiers instants
En cette fin d’été, début d’automne, le soleil est déjà plus bas dans le ciel, et les premiers saupoudrages de neige de la saison commencent à recouvrir les sommets. Après plusieurs jours d’attente, je repère enfin un créneau favorable, promettant de belles couleurs lors du coucher du soleil.
Le jour J, à 18h, c’est parti pour l’ascension des crêtes. Le début de la randonnée se fait sur un sentier facilement repérable, jusqu’au col de l’Eychassier. À partir de ce col, le sentier redescend pour rejoindre le magnifique vallon et son lac du Foréant. Je bifurque alors plein sud pour continuer hors sentier, traversant un gigantesque pierrier. Oui, une des caractéristiques du Queyras, c’est aussi la minéralité des paysages ! Heureusement, ce jour-là, aucune difficulté majeure n’est à déplorer, mais attention : en cas de brouillard, le précipice n’est pas bien loin !
Un Spectacle à 360°
Le cairn sommitale est rapidement atteint. Et quel spectacle ! La vue à 360 degrés est à couper le souffle. On peut observer les méandres formés par la route qui monte au col Agnel. Plein sud, les crêtes franco-italiennes s’étendent, avec la Tête des Toilies en plein centre. En tournant la tête de 90 degrés, le sommet caractéristique du Pain de Sucre se profile, en forme de pyramide. Coincé entre le Pain de Sucre et l’Asti, on ne présente plus le célèbre Mont Viso, encore vêtu de son saupoudrage de neige de la vieille. Enfin, en continuant de tourner le regard, celui-ci se porte sur l’incroyable Crête de la Taillante, un esthétisme inégalé : une véritable lame de rasoir de pierre plantée dans ce décor grandiose. Au pied de cette crête, le lac éponyme s’étend paisiblement. Un peu plus à gauche, des lacs plus confidentiels apparaissent, avec en arrière-plan la vallée de Ristolas.
Attente et Patience
Il est maintenant 19h, et il ne me reste plus qu’à attendre que le soleil approche de l’horizon pour capturer les couleurs douces du soir. En attendant, je réfléchis à mes différentes compositions. C’est un véritable défi, car les points de vue sont tous aussi grandioses les uns que les autres. Je me hâte, car la température chute rapidement en ce mois de septembre. Bien qu’on soit encore en été selon le calendrier, à près de 3000 mètres d’altitude, le fort vent du nord me glace le visage et les mains. Il fera d’ailleurs -7°C sous abri la nuit suivante, 500 mètres plus bas.
Pour m’abriter un peu du vent glacial, je construis une paroi sommaire avec les pierres qui m’entourent. Il ne me reste plus qu’à patienter, grignoter quelques graines et tenter de me réchauffer, tout en profitant du moment. Le temps passe très vite lorsque l’on a un panorama aussi grandiose devant soi !
Le Coucher de soleil : une explosion de couleurs
Les teintes orangées commencent à apparaître. Il est temps de me réactiver. Je dégaine mon appareil photo et capture ces paysages magiques tout en prenant le temps de profiter de l’instant présent. Les conditions météorologiques sont parfaites. De gros cumulus bourgeonnants viennent coiffer les sommets, apportant une profondeur supplémentaire à la scène tout en captant les couleurs du soleil. Le contraste est impressionnant. Les couleurs deviennent de plus en plus rougeâtres et vives. La carte mémoire de mon appareil chauffe, et je sais déjà que le tri et le choix des photos seront longs et difficiles à la maison. Mais c’est aussi cela, le signe d’une sortie réussie.
Retour à la réalité
Une fois le soleil couché, je n’éternise pas pour profiter de l’heure bleue, car le froid est devenu trop intense. Je redescends par le même itinéraire qu’à l’aller. Le retour, près du col Agnel, se fait dans le froid mordant, et je passe la fameuse nuit à -7°C, 500 mètres plus bas. Mais tout cela vaut largement les souvenirs inoubliables que je garde en tête, et les magnifiques photos du coucher de soleil.
Une Sélection des meilleures Photos
Je vous propose une sélection des plus belles photos réalisées lors de cette sortie, dont certaines sont disponibles en tirages d’art sur ma galerie dédiée au massif du Queyras.